Découverte du Kenya

Merci pour tous vos commentaires agréables qui nous encouragent à partager notre expérience.

Vers le Lac Bogoria

Je ne vais plus indiquer les jours et les dates dans nos récits, nous sommes maintenant bien déconnectés au point de ne plus savoir quel jour nous sommes. Depuis notre départ nous subissions régulièrement des averses, le temps est couvert et la température est digne d’un été en Belgique. Il a plu à verse toute la nuit. Heureusement ça s’est arrêté au matin. 14 degrés, on commence à en avoir un peu marre de cette météo. On remballe tout notre barda et nous partons pour une journée de piste vers le lac Bogoria. Assez rapidement nous entrons dans la brousse sur des pistes en grande partie en latérite, roulantes et peu technique, un bon début pour me mettre en confiance pour le novice que je suis en tout terrain.

La température monte en flèche jusque 37 degrés. Incroyable les différences de température sur quelques dizaines de kilomètres. Nous avons rouspété pour avoir de la chaleur, nous voilà aussitôt servi. Malgré tout en roulant la chaleur reste supportable, nous sommes bien aidés par nos équipement conçus pour la chaleur avec de multiples grilles de ventilation qui permettent une bonne circulation de l’air. C’est surtout quand nous faisons une pause que le matraquage du soleil se fait immédiatement sentir, hors de question de rester au soleil dans ces moments-là. Hakuna et Matata souffrent également de la chaleur, les ventilateurs tournent à plein régime, expulsant de l’air très chaud sur nos jambes et bottes. Par moment nous avons l’impression d’avoir le feu aux pieds. Ca ne nous empêche pas de prendre beaucoup de plaisir. En brousse comme en ville dès que nous nous arrêtons des gens arrivent.

Fin de journée nous arrivons proche du lac Bogoria. François est décidé à aller jusqu’au bord de celui-ci, il s’engage dans un chemin étroit, trialisant assez technique. Il est composé de roches volcaniques noires bien saillantes. Je tergiverse quelques secondes avant de me décider à lui emboiter le pas. Il faut bien que j’apprenne me dis-je. Ce fut périlleux pour arriver en bas. Mais surtout il va falloir remonter. Il y a un passage avec une marche assez difficile pour moi. Dès que nous entamons la remontée j’ai se passage en tête. Je progresse derrière François en m’inspirant de ses trajectoires, je m’en sors relativement bien. Arrive ce fameux passage, la roue avant passe la marche, je me pense sauvé et là, la roue bute sur une pierre roulante, la roue avant se dérobe en me faisant perdre l’équilibre, Matata se couche de tout son poids dans les pierres saillantes. Impossible de la retenir. Nous la relèverons facilement avec l’aide de plusieurs personnes, toujours prêtes à vous venir en aide. Le protège carter a morflé mais il a fait son boulot, il a évité de percer le réservoir. Je pense que ce n’est pas une bonne idée de vouloir apprendre le trial avec un bébé de 280 kg.

Nous rejoignons notre destination quelques kilomètres plus loin dans un camping situé le long du lac. La vue est magnifique, Nous sommes comme souvent les seuls occupants du site. Nous sommes accueillis chaleureusement par Ysak, un jeune Kenyan d’une bonne vingtaine d’années. Mordu de football, il nous fait l’éloge de notre équipe nationale et il connait les joueurs mieux que nous. Nous pouvons nous installer où bon nous semble. Nous établissons notre campement à une dizaine de mètres du bord du lac.

Une fois installés, Ysak nous apprend que les hippopotames viennent souvent brouter l’herbe en bordure du lac la nuit, soit à 10 mètres de nos tentes. Un peu inquiet je lui dis savoir que l’hippopotame est l’animal le plus dangereux d’Afrique, il me confirme qu’il y a beaucoup de mort dû aux hippopotames mais qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Bon, je décide de lâcher prise et nous verrons.

La nuit se passera très bien nous entendons les hippo sans pouvoir les observer. C’est peut-être mieux ainsi !

Nous nous levons Francois et moi à l’aube pour admirer la splendeur du lever de soleil sur le lac. Nous ne serons pas déçus. Nous prenons de multiples photos l’un et l’autre. Je vais jusqu’au bord du lac presque les pieds dans l’eau pour quelques derniers clichés. Nous sommes ravis de cette magnifique vue.

Durant le petit déjeuner, je questionne Ysak sur les raisons qui incitent chaque camp d’avoir un gardien de nuit. Il me parle tout d’abord du risque de vol du matériel et il enchaîne :  « pour vous protéger des crocodiles, des serpents et des hippo, je crois qu’il blague et je rigole. Il me confirme qu’il y a bien des crocodiles dans le lac et qu’il y a régulièrement des attaques de chèvres quand elles vont boire. Et là je lui dis que j’ai été au bord du lac prendre des photos, Il me répond qu’il n’y a pas de danger, les crocodiles craignent l’homme et fuient quand ils nous voient, en tout cas les adultes car des enfants se sont fait attaquer et ont disparus. Et les serpents lui dis-je d’un ton interrogateur. « Le mamba noir et le python vivent dans les grandes herbes juste là au bord du lac ». Donc à dix mètres de nos tentes ? « oui » me répond-t-il. Pas besoin de vous faire un dessin de l’expression sur mon visage.

Soudain nous entendons un bruit caractéristique ressemblant à une expiration de mammifère marin, tout du moins c’est l’idée que je m’en fais. Ysak nous interpelle sur un ton d’un calme olympien, peut-être un crocodile, oui dit-il, là-bas regardez un énorme crocodile, il pointe du doigt le bord du lac à une quarantaine de mètres, effectivement nous apercevons un très grand croco qui se déplace lentement.

Ce bruit caractéristique, je l’ai entendu au moins 3 fois cette nuit et bien plus proche que celui-ci. Je crois que nous n’avons pas la même notion du danger.

Jour suivant

Fin de journée nous nous arrêtons dans un camp situé en bordure du lac Nevasha. Cette fois nous nous installons suffisamment loin du bord de lac en pensant se protéger de tout contact avec la faune locale. Nous passons une très bonne soirée ainsi qu’une bonne nuit. Le lendemain matin nous sommes bien installés pour le petit déjeuner.

Soudain j’aperçois un babouin qui fonce à vive allure vers nous. Je m’écrie « merde voilà un singe », François se demande si je pète un plomb, ayant eu location de visionner plusieurs reportages concernant les singes, je sais qu’il va foncer sur la nourriture. Je me lève pour le chasser alors que François se muni de son appareil photo. A cet instant il me dit : « il y en a un autre », et nous nous apercevons qu’il s’agit d’une famille complète. Sans que nous ayons eu le temps de réagir, l’un d’eux saute sur la moto de François et s’enfuit avec… Non non je déconne, il s’empare de notre kilo de riz et s’enfuit avec. Je place rapidement notre déjeuné en sécurité dans le topcase de François. Ensuite ils dévalisent notre poubelle et montent dans les arbres avec leur butin. Quelques minutes plus tard ce sont nos pots de yaourt qui chutent des arbres. En vue de pouvoir déjeuner sereinement je verse notre reste de riz de la veille au pied d’un arbre. Ils viennent le manger et nous pouvons prendre le petit déjeuner tranquillement. Les singes disparaissent aussi rapidement qu’ils sont apparus.

Jour suivant

Nous avons prévu de nous rendre au lac Baringo. Quelle ne fut pas notre désolation de constater que le lac, comme les précédents d’ailleurs, a débordé et a inondé la route qui le longeait. Nous tentons de nous y rendre par un autre accès. Une piste remplie de cailloux nous y conduira, nous verrons les flamants roses. Cette piste n’étant pas repérée sur nos GPS nous questionnons un groupe d’enfants, qui est venu à notre rencontre, pour nous assurer qu’elle ne se termine pas en cul de sac. Les enfants nous informent que c’est la seule route depuis que le lac a inondé l’ancienne. Nous poursuivons donc sur celle-ci. Elle est assez cassante et nous contraint à adopter une faible allure pour ne pas démantibuler les motos et nos bagages. Nous ne regretterons pas de l’avoir empruntée tant elle nous offre de magnifiques vues sur le lac et les montagnes en arrière-plan.

Nous rejoignons un campement à Narok fin de journée pour fêter Noël. Au menu, chips cacahuètes salées, carottes crues, pâtes sauce tomate champignon, et vin rouge. Après notre repas nous allons nous installer autour du feu de camp (bombfire) accompagné de musique. Nous serons rejoints par un groupe de jeunes adultes Masai de la région, composé de garçons et de filles. Ils nous saluent par un check du poing, devenu la norme internationale depuis le covid, et nous souhaite un joyeux Noël. Nous passons encore un joli moment d’échange.

Une des questions d’une des jeunes femmes : « En Europe lorsque vous voyagez, êtes-vous accueilli en ami comme ici ou cela donne-t-il lieu à des conflits ? » J’ai été très surpris par cette question. J’ai répondu bien sûr que non il n’y a pas de combats et dans un second temps en réfléchissant je me suis rendu compte qu’il était rare pour ne pas dire extrêmement rare d’être accueilli en ami.

Je pense qu’en tant qu’européen nous pouvons apporter des choses à l’Afrique. Mais je suis surtout convaincu que nous avons énormément à apprendre de l’Afrique sur le plan des relations humaines.

Jour de Noël

Nous sommes un peu fatigués ce matin. Nous décidons de rester sur place un jour de plus. Nous devons impérativement faire notre lessive. Nous nous y attelons et nous prenons rapidement conscience du travail que représente une lessive à la main. Chauffer l’eau avec notre réchaud, laver, rincer, essorer manuellement, puis étendre le linge sur les buissons. C’est certain, nous ne regarderons plus jamais la machine à laver et le sèche-linge du même œil !

En ce jour de Noël, de nombreuses familles viennent dans le camp pour fêter Noël autour d’un bon repas. Il y a beaucoup de monde quand nous rejoignons le camp après être allés faire quelques courses alimentaires. Une rayonnante jeune femme vient à notre rencontre, Nataniah. Nous passons plus d’une heure à échanger sur le Kenya, notre voyage, l’importance de rencontrer des personnes différentes, l’importance de la famille, la Belgique, la musique,… Encore un magnifique moment que nous avons la chance de vivre.

Ce voyage à moto, je l’ai rêvé plein de rencontre et c’est exactement ce qu’il se produit. Je ressens de la plénitude

Jour suivant

Nous prévoyons une longe étape sur piste pour atteindre le lac Magadi. Nous commençons par une piste en tôles ondulées et très caillouteuse. Il faut sans cesse adapter la trajectoire et la vitesse pour essayer de subir le moins possible les chocs successifs qui engendrent des vibrations particulièrement désagréables pour nous, mais surtout qui à la longue pourraient bousiller nos portes bagages. Finalement la piste devient plus roulante, François s’en donne à cœur joie, pour ma part je reste sur la défensive car pas encore suffisamment aguerri pour me lâcher. Se succèdent des tronçons rapides et des pierriers techniques en pentes. Les paysages deviennent beaucoup plus verts. Dans les collines nous longeons plusieurs magnifiques villages Massai dont les constructions sont réalisées en bois et en terre. Après environ 170 Km de piste, nous cherchons notre chemin, la seule piste visible étant complètement ravagée probablement par des écoulements d’eau. Elle n’est pas praticable à moto. Nous rentrons dans un village massaï pour tenter d’obtenir des informations sur la piste à suivre. Après quelques discussions le couperet tombe. Impossible de poursuivre nous devons rebrousser chemin pratiquement jusque notre point de départ. Nous sommes un peu amers mais il n’y a aucune autre alternative. Se refarcir tous les pierriers en sens inverse ne m’emballe gère. Sur le retour nous décidons de faire une pause pour manger, à peine sommes-nous arrêtés, que des singes se manifestent. Au vu de notre précédente expérience, on réenfile nos casques prestement et nous partons en quête d’un endroit plus tranquille. Finalement nous nous arrêterons dans un camp situé à une vingtaine de kilomètres de notre point de départ. Superbe camp au milieu de la brousse très bien aménagé avec une douche chaude équipé d’un système de boiler en terre cuite avec un foyer à bois. Simple et efficace. Pour la première fois nous utilisons nos réserves de nourriture lyophilisée. Un fond de casserole d’eau chaude et le repas est prêt.

Jour suivant

Nous n’en démordons pas, nous avons préparé un nouvel itinéraire pour atteindre le lac. Après quelques courses alimentaires nous revoici sur les pistes. Lors du passage d’un tronçons de fesh-fesh que je tente de négocier debout, je perds le contrôle, la moto part dans tous les sens pour finalement s’immobiliser en dehors de la piste contre un arbre. Pas de bobo pas de dégâts. Je remets la première et je tente de redémarrer, la roue arrière s’enfonce inexorablement dans le sable, jusqu’au bras oscillant. Me voilà ensablé. François est devant, il va probablement s’apercevoir que je ne suis plus derrière lui et faire demi-tour. En attendant je couche la moto pour extraire la roue du sable j’essaye de la faire glisser pour la sortir de ce trou. Faire glisser une moto de 280 Kg seul, c’est impossible. Francois me rejoins et avec son aide je suis rapidement remis en selle.

Après une longue journée nous arrivons au lac Magadi. Nous nous faisons arrêter par des jeunes, on ne comprend pas très bien ce qu’il se passe. Ils veulent que nous payions une sorte de taxe pour la communauté. Après quelques palabres nous comprenons qu’ils essayent de nous extorquer de l’argent. C’est un peu tendu et finalement nous nous extirpons de ce mauvais pas. Etant donné la situation, nous n’avons pas très envie de rester sur place. Nous décidons de rejoindre un camp à 30 Km. Il ne faut pas trainer pour éviter à tout prix de rouler la nuit. Nous nous remettons rapidement en route et roulons sur une piste qui traverse le lac. Le paysage inspire plus la désolation que la gaieté. Au détour de la piste nous faisons une rencontre surprenante, trois magnifiques girafes qui passent devant nous, quelle élégance et quelle beauté.

Nous sommes maintenant à proximité du camp, mais nous ne parvenons pas à le localiser. Il nous reste moins d’une heure avant qu’il fasse nuit noire et nous sommes en hors-piste dans la brousse. La situation commence à être délicate. Nous sommes accostés par un garde qui nous demande ce que nous cherchons. Nous lui expliquons que nous cherchons le camp, il propose de nous y conduire. Ouf sauvé, nous le suivons. Il nous amène en bord de rivière en nous disant voilà c’est ici. Nous sommes stupéfaits. Nous réitérons notre demande et il nous emmène à un autre endroit le long de la rivière. Nous finissons par déguerpir en rebroussant chemin pour rejoindre la piste. Le garde et son comparse nous suivent à  moto. On tente de trouver le camp sans succès. Maintenant, il nous reste moins d’une demi-heure avant la tombée de la nuit et nous n’avons aucune idée d’où nous allons passer la nuit. On s’imagine déjà dormir assis contre la moto en bord de piste. En désespoir de cause on redemande au garde de nous conduire au camp et il nous conduit une nouvelle fois le long de la rivière et en plus, il nous demande de le payer. Cette fois s’en est trop nous retournons sur la piste. Là nous téléphonons au numéro du camp et Joseph nous répond. Nous lui expliquons où nous nous trouvons, il arrive à notre rencontre à moto.

Maintenait il fait nuit, il demande que nous le suivions vers le camp. Il roule à tombeau ouvert sur une piste remplie de trous et de pierres saillantes. François lui emboite le pas, je peine à suivre avec la poussière je ne vois strictement rien de la piste. Je fixe mon regard sur le feux rouge de François en espérant ne pas buter sur une pierre. Ça dure une dizaine de minutes qui me paraissent une heure. Et là, je vous le donne en mille, nous nous retrouvons le long d’une rivière. Nous n’avons plus le choix nous décidons de passer la nuit-là. Nous comprendrons par la suite qu’il n’y a pas de camping dans la région. Joseph nous propose de s’occuper du feu et il ira nous chercher de la bière. Finalement nous passons une agréable soirée en compagnie de Joseph.

La nuit ne sera pas très reposante, les babouins perchés dans les arbres au-dessus de notre campement, ont criés toute la nuit. Ils en ont profité pour emporter nos œufs et nos deux twix (où peut-être que François les a bouffés pendant la nuit et qu’il accuse les babouins ?). Le matin au petit déjeuner Joseph nous rejoint, il nous informe que le garde que nous avons vu hier l’a contacté et qu’il dit que nous lui devons de l’argent. S’en est assez, nous décidons de remballer et de quitter au plus vite cette région où arnaquer les touristes semble la norme.

Direction le Lac Amboseli...

16 thoughts on “Découverte du Kenya”

  1. et bien les gars quelle expérience, continuez à partager cette fabuleuse aventure, soyez prudents et François, arrête de manger les Twix en cachette 🙂

  2. Quel périple mes amis… superbement décrit et de belles photos pour illustrer. Il semble qu’il y ai un contraste tout de même entre l’accueil amical de certains et le métier d’extorsion des autres… il y a sans doute à apprendre de l’Afrique mais restons un minimum sélectif ;-). Bonne continuation et essaie tout de même de garder la moto entière jusqu’à la fin du voyage !

  3. Plus je lis, plus je me dis qu’il faudra vraiment penser à faire publier le récit de votre super aventure. Elle est pleine de rebondissements et tellement bien décrite !
    J’adore.

  4. …Merci les gars,
    C’est comme si on y était.
    Récit très agréable à suivre avec des commentaires qui respirent vos sentiments.
    Pas de la frime, juste du ressenti; c’est vraiment chouette de vous suivre.

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