FrontiĂšre vers le Burundi.
On parle le français et on roule Ă droite au Burundi. Ca fait du bien de sâexprimer en Français mĂȘme si nous constatons quâil y a des diffĂ©rences de langage. Test covid nĂ©gatif en poche en 20 minutes pour 15,00 $, nous nous rendons au poste suivant situĂ© Ă 1 Km pour y faire remplir les carnets de douane des motos. Ce sera chose faite en 10 minutes. Nous poursuivons vers lâĂ©migration et lâimmigration. Nous vĂ©rifions dans notre farde contenant les e-visa, rien pour le Burundi. Si je nâai pas prĂ©vu de e-visa câest quâil nâen faut pas. On se prĂ©sente confiant Ă lâĂ©migration de la Tanzanie, câest ok mais il nous faut un visa pour entrer au Burundi. Bizarre je nâen ai pas prĂ©vu, je refouille la farde, rien. Merde alors, je dois mâĂȘtre plantĂ© et avoir oubliĂ© celui-lĂ . Le responsable de lâimmigration du Burundi nous informe quâil est possible de demander un visa de transit, valable trois jours pour 50,00 $ par personne directement Ă la frontiĂšre. Mais il faut ensuite se rendre au bureau de lâimmigration Ă Bujumbura pour demander une prolongation. Et bien pas le choix.
Je donne mon passeport pour contrĂŽle, le gars commence Ă sourire, il appelle deux de ses collĂšgues. Il montre mon passeport Ă ses collĂšgues et ils se marrent tous les trois. De toute Ă©vidence ils se payent ma tĂȘte, mais pourquoi ??? Houfti ça y est, la piĂšce tombe. Pour obtenir le visa pour le Burundi, il fallait se rendre Ă lâambassade Ă Bruxelles, jâai mandatĂ© une sociĂ©tĂ© pour aller Ă lâambassade Ă notre place avec les passeports et le visa est directement collĂ© dans le passeport. Donc ces trois gaillards se foutent de ma gueule parce que je demande un visa alors que jâen ai un.
Le chef nous fait entrer derriĂšre le guichet et nous demande de le suivre dans son bureau. Je me dis, ça sâannonce mal. Il nous fait asseoir, sâinstalle derriĂšre son bureau et aprĂšs nous avoir posĂ© toutes les questions habituelles pour un passage de frontiĂšre : dâoĂč venez-vous ? Ou allez-vous ? A quelle adresse allez-vous rĂ©sider ? Combien de temps resterez-vous ? Quel est votre mĂ©tier ? Quel est la raison pour laquelle vous voulez entrer dans le pays ? Toutes ces questions jâai dĂ©jĂ dĂ» y rĂ©pondre pour obtenir chaque visa, mais Ă chaque Ă©tape aux frontiĂšres, elles nous sont posĂ©es en boucle. Je reviens Ă notre chef de lâimmigration qui nous dit sur un ton cĂ©rĂ©monial : « je dois vous informer que vous nâavez plus besoin de solliciter un visa de transit, vous ĂȘtes en ordre vous avez dĂ©jĂ payĂ© votre visa. » Quelle mise en scĂšne pour nous informer. Tout est en ordre, on se lĂšve et nous quittons le bureau.
VoilĂ qui clĂŽture notre second passage de douane en moins de deux heures celui-ci.
A nous le Burundi, routes sinueuses et vallonnĂ©es avec cependant beaucoup de trous, gĂ©nĂ©ralement bouchĂ©s avec de la terre, paysage trĂšs vert. Nous prenons beaucoup de plaisir Ă Ă©voluer sur cette route vers Bujumbura, ca nous rappelle certaines routes des Alpes, câest sympa.
AprĂšs environ 160 km, nous nous arrĂȘtons juste avant dâentrer dans la ville pour sĂ©lectionner un hĂŽtel sur notre GPS. François et moi faisons le mĂȘme constat, pendant que nous Ă©voluions sur cette route, quel que soit lâendroit oĂč nous posions notre regard, nous ne voyons que de la misĂšre et de la pauvretĂ©. EnormĂ©ment de gens marchent le long de la route avec des bidons pour aller chercher de lâeau, y compris les enfants des plus jeunes aux plus ĂągĂ©s. Beaucoup dâautres poussent des vĂ©los avec des chargements inimaginables dans ces pentes abruptes. Le vĂ©lo est lâoutil de transport. A beaucoup dâendroits les gens se mettent Ă crier et/ou Ă siffler lors de notre passage. Certains crient « money ». Ca ne donne pas envie de sâarrĂȘter, câest plutĂŽt effrayant.


Les enfants se font tracter par les camions pour remonter les pentes
Nous choisissons un hĂŽtel conseillĂ© par Thierry, un pote de François qui fait de lâexport avec le Burundi. A la rĂ©ception nous rencontrons un LiĂ©geois qui a vu nos motos immatriculĂ©es en Belgique. Il vient deux fois par an Ă Bujumbura depuis pratiquement 20 ans et est pote avec tous les expats. En dĂ©chargeant la moto, je mâaperçois quâil y a une fissure de deux bons centimĂštres sur les armatures de mes bagages. Il faudra faire souder cela avant de poursuivre.

La ville de Bujumbura
Nous sommes venus au Burundi pour y rĂ©cupĂ©rer deux trains de pneus neufs, et de lâhuile moteur pour faire lâentretien des motos. Le lendemain matin nous partons en quĂȘte des pneus et de lâhuile. Nous avons pour contact Sacha dans lâentreprise Savonor. Nous trouverons bien notre livraison. Nous faisons la connaissance de Sacha un grand mince qui parle le Français avec un accent russe. Sacha est ingĂ©nieur en aĂ©ronautique, il est arrivĂ© au Burundi il y a environ 20 ans avec des hĂ©licoptĂšres russes. Il nâest jamais reparti. Aujourdâhui, il est mariĂ© et Ă des enfants. Il gĂšre la flotte de vĂ©hicules de lâentreprise Savonor qui fabrique et livre du savon. Nous rencontrons Ă©galement Philippe qui est Belge et qui vient chez Sacha pour une rĂ©paration sur sa KTM 350 Enduro. Philippe vit depuis 40 ans en Afrique. Pour lui, câest inconcevable de retourner vivre en Europe, trop de rĂšgles et dâinterdits. Ici dit-il « on fait ce qu’on veut ». Nous ne pouvons pas lui donner tort. Je demande Ă Sacha oĂč je peux faire rĂ©parer mon armature de bagages. « Nous avons ici Ă lâatelier ce quâil faut » me rĂ©pond-il. Mon armature sera resoudĂ©e en un clin dâĆil et Sacha viendra mĂȘme faire une retouche de peinture sur la soudure. Je lui demande combien je lui dois pour cette rĂ©paration, la rĂ©ponse fuse : « rien du tout, je ne suis pas capitaliste ». Le communisme russe a laissĂ© des traces, merci Sacha.
Nous demandons des renseignements pour faire monter nos pneus. Philippe nous donne une adresse, câest un Belge qui dirige lâentreprise, nous sommes samedi et ce ne sera ouvert que lundi. Nous dĂ©cidons de patienter jusque lundi Ă lâhĂŽtel.
Le contraste entre lâhĂŽtel et la rue est plutĂŽt tranchant. A lâhĂŽtel, qui dispose dâun jardin intĂ©rieur bien vert et calme avec bar et restaurant, il semble que ce soit « the place to be » pour les nantis de Bujumbura. Des couples bien habillĂ©s y dĂ©filent avec un air prĂ©tentieux, les mariĂ©s y viennent pour la sĂ©ance photos. A lâextĂ©rieur de lâhĂŽtel pour beaucoup de personnes câest la misĂšre. Jâai vu entre autres une femme couchĂ©e le long de la rue Ă mĂȘme le sol avec deux enfants en bas Ăąge. Nous sommes frĂ©quemment sollicitĂ©s par des enfants pour de lâargent. Ces pauvres enfants sont habillĂ©s de guenilles sales et souvent dĂ©chirĂ©es et ils ont probablement des difficultĂ©s pour trouver de la nourriture. Je ne vais pas vous raconter des salades, la misĂšre est sous-jacente partout en Afrique. Mais ici au Burundi plus de 70 pourcents de la population vit sous le seuil de pauvretĂ©. Comme le pays est petit la concentration de personnes au mĂštre carrĂ© est plus importante.
Dimanche matin nous faisons lâentretien des motos: vidange dâhuile et filtre Ă huile. Jâen profite Ă©galement pour redresser mon protĂšge carter Ă lâAfricaine, quelques coups de maillet feront lâaffaire.
AprĂšs-midi nous partons en balade dans Bujumbura. En enfourchant la moto je constate que mon support de bagages droit est Ă©galement fissurĂ©, mince il faut Ă nouveau aller Ă la soudure. Nous passons Ă travers un quartier oĂč se trouve dâĂ©normes villas protĂ©gĂ©es par des fils barbelĂ©s et pour certaines par un garde armĂ© perchĂ© sur un mirador. A nouveau un contraste Ă©norme avec la rue.
Lundi nous partons faire monter nos pneus. ArrivĂ©s chez Bandag, nous demandons sâils peuvent monter nos pneus, câest OK. Nous dĂ©montons nos roues. Et les ouvriers commencent Ă essayer de dĂ©monter nos pneus avec des dĂ©montes pneus alors quâils ont des machines spĂ©cifiques pour le faire. Je leur demande de les dĂ©monter avec les machines pour Ă©viter dâabimer les jantes. La rĂ©ponse me ramĂšne les pieds sur terre. Ca fait plusieurs jours quâil nây a plus quâune phase sur le rĂ©seau Ă©lectrique, il nâest pas possible dâutiliser les machines. Je leur demande : « vous nâavez pas un groupe Ă©lectrogĂšne ? » « Non, nous nâavons pas des clients tous les jours. Ce nâest pas rentable dâinvestir dans un groupe ». 5 personnes sont prĂ©sentes dans lâentreprise tous les jours sans quâil y ait de client chaque jour. Il y a quelque chose qui mâĂ©chappe.
Finalement nos roues sont embarquĂ©es dans un 4×4 direction un concurrent qui a un groupe Ă©lectrogĂšne. Je demande si les pannes dâĂ©lectricitĂ© sont frĂ©quentes: oui ça arrive nous avons un partenariat avec un autre monteur de pneus, quand nous avons un problĂšme il nous aide et inversement. Cette fameuse entraide Africaine. En Europe chaque entreprise tente de bouffer les parts de marchĂ© de ses concurrents pour grandir son chiffre dâaffaires, toujours plus.
Je montre que jâai besoin de faire souder mon porte bagage, un des gars me dit : « Je peux aller te le souder si tu dĂ©montes la piĂšce ». Ce que je fais immĂ©diatement. Il part en voiture avec ma piĂšce et reviens 15 minutes aprĂšs, mon support est rĂ©parĂ©. Si ça ce nâest pas du service. Les roues reviennent nous les remontons et nous sommes prĂȘt Ă repartir. Enfin presque nous devrons revenir pour faire inverser mon pneu arriĂšre qui a Ă©tĂ© montĂ© Ă lâenvers.
En route vers la Tanzanie. Nous sommes contant de quitter le Burundi et cette ambiance de misĂšre qui nous taraude lâesprit.
Nous longeons pendant des kilomĂštres le lac Tanganyika avec de superbes vues. TantĂŽt sur une piste, tantĂŽt sur des restes de route. Il arrive quâune bonne partie de la route se soit Ă©boulĂ©e dans le lac ou quâune coulĂ©e de boue recouvre la route.
Nous nous arrĂȘterons Ă lâhĂŽtel Palm Beach, oui câest le nom qui a Ă©veillĂ© notre curiositĂ©. LâhĂŽtel est situĂ© le long du lac avec une terrasse le surplombant. Nous assisterons au coucher de soleil le plus incroyable de toute notre vie.
Nous avions choisi de prendre le petit dĂ©jeuner avec la chambre, le lendemain matin nous nous installons Ă table, on nous apporte une assiette dont le contenu semble dĂ©jĂ avoir Ă©tĂ© mĂąchĂ©. MalgrĂ© cet aspect peu appĂ©tissant, câest trĂšs bon et ça tient au corps. En route vers la frontiĂšre avec la Tanzanie.












superbe article on se croit vraiment dans votre histoire. impressionnant. profitez bien de ce super voyage qui sera je pense trĂšs enrichissant pour vous… biz
Salut Pierrick, nous savourons chaque instant. Merci
… Coucou.
J’espĂšre que vous avez prĂ©vu une confĂ©rence agrĂ©mentĂ©e de vos photos au retour!
Je bloque la date.
Salut Marc pour l’instant nous n’avons pas encore pensÄs au retour. C’est une idĂ©e intĂ©ressante.
Merci Bruno encore une fois au travers de tes Ă©crits on se transpose lĂ bas avec vous et on perçoit rt ressent vos Ă©motions . SacrĂ© belle aventure de vie. Bonne continuation hĂąte de dĂ©couvrir les prochains rĂ©cits, bisous Ă vous âđ
Merci Vivianne. C’est cool si on peut vous faire voyager Ă travers nos rÄcis.
Bonjour Ă vous 2.
Ce fut de nouveau un plaisir de vous lire. Je vous dirai aussi : bienvenus dans la rĂ©alitĂ© de l’Afrique subsaharienne. L’extrĂȘme pauvretĂ© sera aux dĂ©tours de chaque virage tout au long de votre pĂ©riple. Deux mondes se cĂŽtoiront en permanence : le monde des nantis et puis, les autres… Cependant, vous dĂ©couvrirez ce qu’est la vraie solidaritĂ© et/ou gĂ©nĂ©rositĂ©, trĂšs souvent auprĂšs des moins nantis. Je vous souhaite toujours de belles rencontres et de belles dĂ©couvertes qui vous feront certainement voir le monde autrement.
Hello Dominique, j’espĂšre que notre vision du monde aura Ă©voluĂ©e grĂące Ă cette expĂ©rience.
Salut Bruno. Tes articles sont prenants et c’est un plaisir de les lire. A leur lecture, Ă ta façon de relater les choses, il me semble que tu trouves ce que tu cherchais en prĂ©parant ce voyage et en partant. Je reste en admiration devant votre dĂ©marche vraiment peu commune. HĂąte de pouvoir en parler de vive voix Ă votre retour.
Merci pour votre partage đ Quelle expĂ©rience !
Quelle belle aventure.
Bonne continuation Ă vous deux
Je rejoins Dominique Mertens. L’Afrique est une terre remplie de richesse mais sur laquelle sont assis des millions de pauvres. Bonne continuation !!
C’est toujours un plaisir de lire le rĂ©cit de votre voyage.
On relativise, nos petites misĂšres.